FLORIAN: " Je me suis déjà fait tatouer au TEBORI, mais pas de cette façon, le premier outil est tenu verticalement dans cette vidéo, est-ce pour les contours? Quand le tatoueur a fait mon remplissage il avait un plus grand tebori qu'il tenait à deux mains et beaucoup plus incliné. En tout cas superbe travail. "

ATELIER DO NO EKO: Merci beaucoup Florian pour ces mots, pour votre compliment et intérêt.
Le Tebori se décline selon un ensemble de techniques. Parmi celles-ci le tsuki-hari qui requiert un mouvement ferme et un angle de projection de l'aiguille perpendiculaire par rapport au plan de la peau. Il s'agit d'une technique particulièrement difficile à maîtriser, car il est délicat de stabiliser la profondeur de pique. A ne pas confondre avec le sujibori, technique destinée aux contours et pour laquelle on répertorie plusieurs méthodes et outils. Sur l' ensemble des vidéos que nous avons postées vous trouverez ainsi différents exemples de techniques Tebori, avec des outils de longueur, matière et poids différents. Comme tout tatoueur traditionnel, nous fabriquons nous même nos outils car ces derniers sont intimement liés à nos gestes. A noter par ailleurs que le tsuki-hari n'est pas le hane-bari, technique pour laquelle l'outil est penché et la peau frappée/soulevée. Chaque tatoueur pratiquant le Tebori développe des spécificités. Certains sont ainsi plus adroits en sujibori que en bokashi ( diverses techniques d'ombrages ), etc,... Pour ce qui nous concerne, nous avons essayé de développer un tracé très fin ( par exemple pour le kebori, pour les motifs des kimonos, etc,... ), des outils très longs et lestés pour le tsuki hari et enfin un ensemble d'outils très courts afin de bénéficier d'un hane-bari le plus précis et délicat possible. Nos outils offrent enfin la possibilité d' utiliser des aiguilles jetables et à usage unique rendant les conditions d'hygiène optimales.

YANN: "Salut, j’aime beaucoup votre travail. Le tattoo traditionnel japonais au Tebori m’intrigue. D’un côté c’est attirant, d’un autre je me demande si c’est vraiment un tatouage de notre époque,
lorsque l’on voit les progrès techniques des dermographes d’aujourd’hui?"

ATELIER DO NO EKO: Merci pour votre compliment et question.
On parle beaucoup ces derniers temps de la conception d’imprimantes 3D qui réalisent (réaliseront) des tatouages.

Dans 20 ans l’époque mènera éventuellement le tatouage vers une réalité qui fera appel à cet outil dans les salons de tatouage. Peut-être même qu’il n’y aura plus de tatoueurs artisans mais des concepteurs/infographistes qui réaliseront seulement le design ou dessin du motif et ne toucheront plus à la peau.
Dans 20 ans mon apprentie et moi-même travaillerons toujours au Tebori.
Ceux-là même qui désignent le Tebori comme un outil obsolète remplacé de manière irreversible par le dermographe seront peut-être surpris de voir le débat se déplacer lorsque l’imprimante laser sera omnipotente. Et leur argument sera alors peut-être le notre à savoir celui de l’artisanat.
L’artisan et l’outil sont indissociables et ne dépendent pas forcément d’une époque, ils peuvent au contraire les traverser. Il n’en va pas de même pour l’artiste contemporain, sa relation à la technique, aux outils et sa dépendance à son époque. Certains artistes contemporains « conçoivent » leur oeuvre et la font réaliser par des techniciens ou des artisans.
Il s’ agit donc de savoir comment se définit un tatoueur. Un "artiste" tatoueur ne tiendra peut-être pas le même discours vis-à-vis de l’outillage et de son époque qu’un artisan tatoueur.
Mon apprentie et moi nous définissons comme artisans.

GUILIANO: "J’aimerais savoir si la technique de tatouage japonaise réalisée à la main, le Tebori est plus douloureuse qu’un travail fait au dermographe."

ATELIER DO NO EKO: Merci beaucoup pour votre question Giuliano.
Le seuil de tolérance à la douleur, et ce quelque soit la technique employée, est variable d’un individu à un autre.
Pour ce que j’ai pu observer sur ma propre peau et celle de mes clients, la technique Tebori est moins douloureuse que ce que l’on peut ressentir avec un dermographe.
Par contre la sensation pourra sembler plus étrange puisque le geste est très différent.
La machine électrique frappe et balaye la peau avec un nombre de coups à la seconde très élevé. Alors que le Tebori frappe et soulève la peau avec un nombre de mouvements à la seconde beaucoup moins important tout en provoquant néanmoins un son particulier que l’on appelle le shakki. Ce son peut impressionner car il est témoignage direct de l’acte alors que le bruit émis par le dermographe peut opérer comme un bouclier en ce sens qu’il offre une diversion à ce qui se passe sur la peau.
A noter cependant les exceptions suivantes: la technique du tsuki-hari (ombrages et remplissages, parfois finitions pour les tracés) et la technique du suji-bori (traçages) ; cette dernière n’étant d’ailleurs pratiquée que par peu de maîtres tatoueurs, parmi les plus connus on peut citer la famille de Nakamura Toshikazu, soit Honda Tsuyoshi, Yoshie Naoya, Honojo Terumi et Horikochi. En effet ces deux techniques peuvent être douloureuses.
Par ailleurs, la technique Tebori exige plus d’endurance de la part du tatoué puisque plus longue car artisanale. Elle est néanmoins plus douce ce qui se vérifie au moment même de la cicatrisation. En effet mes clients cicatrisent en cinq jours alors que l’on peut compter une semaine pour un travail à la machine. Ceci ne dépendant bien entendu que de mes propres observations.

LEILA: "N’étant pas japonais vous-même, votre technique de Tebori reste-t-elle traditionnelle?"

ATELIER DO NO EKO: Merci beaucoup pour votre intérêt et pour votre question Leila.
Des maîtres comme Horiyoshi III ou encore le très traditionnel Nakamura Toshikazu sensei ont adopté une politique d’ouverture et de transmission concernant le tatouage traditionnel japonais. Ils sont ainsi devenus maîtres d’apprentis occidentaux.
Il y a une place aujourd’hui de plus en plus grande pour le monde occidental dans cette discipline assurant d’une certaine façon ainsi sa pérennité. Cela sous entend néanmoins une étude profonde, soutenue de la culture japonaise traditionnelle.
On remarque facilement que cette ouverture mène parfois à des croisements de styles et de techniques dans beaucoup d’autres disciplines artisanales et des domaines comme la gastronomie, l’art, l’architecture, etc,…On ressent par exemple une influence occidentale dans certains travaux de Kawanabe Kyosai sensei qui a lui même pris en formation un disciple occidental, Josiah Conder. Sans oublier que maître Katsushika Hokusai a étudié lui aussi les techniques occidentales tout en se les appropriant. Ce qui précède se vérifie aisément dans le discours du maître architecte Tadao Ando. On pourrait par ailleurs beaucoup dire de ce mouvement artistique qui a donné probablement naissance à l’impressionnisme, à savoir le japonisme.
Si on revient à la question du tatouage, on pourra alors noter l’introduction du dermographe dans l'Irezumi. Tout du moins pour ce qui concerne le tracé des lignes. Or le dermographe est un outil typiquement occidental. Il y a un écho sensible et musical entre les cultures occidentales et nippones.

Mais votre question soulève un autre point qui est celui de la transmission du geste, le kata.
Beaucoup de maîtres sont autodidactes, par exemple Horicho Ier sensei ou encore Horitoshi Ier sensei qui ne semble se revendiquer d’aucun maître ou école. Il y a quelque chose de profondément intuitif et archaïque dans les gestes du Tebori. Ceci bien sûr ne minimisant pas l’importance d’une transmission. Néanmoins beaucoup d’autodidactes sont devenus des maîtres remarquables, au style propre. Une forme d’empathie étrange entre la peau, l’aiguille, l’encre, le sang, le geste, le Tebori et enfin le tatoueur crée un amalgame qui façonne à son tour la technique du tatoueur autodidacte.

Depuis mon enfance j’étudie le dessin japonais traditionnel, essentiellement le ukiyo-e, j’ai été très tôt bercé par cette culture. Je dois énormément à ma pratique du Karaté Kyokushin et Shōtōkan, à ce que j’ai pu apprendre du Shugendō, du Hagakure, et à la fascination durant toute mon enfance pour le monde des Yokai, des guerriers du Suikoden, du Rashōmon…. Je dois par ailleurs énormément à Goseki Kojima et Kazuo Koike pour les nombreuses heures de lecture qu’ils m’ont offert et qu’ils m’offrent toujours à travers leur inestimable jidai mono Lone wolf & Cub; véritable mine d’or historique et culturelle ( période Edo ), oeuvre dont le graphisme est sans égal.
Pour ce qui est de la pratique du Tebori j’ai trouvé mes propres gestes de manière intuitive, archaïque tout en m’appuyant sur les techniques, archives que j’ ai pu découvrir ailleurs, notamment dans des traités comme IREZUMI, The partern of dermatography in japan by W.R. Van Gulik.
Je vous invite à consulter la rubrique
VIDEOS dans laquelle vous pourrez nous voir, mon apprentie et moi-même à l’oeuvre.

 

ATELIER DO NO EKO

DEMONS DE L'IREZUMI​​​​​​​​​

TECHNIQUE ANCIENNE

PARIS / ACQUIGNY, NORMANDIE

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