Le tatouage japonais de l'ancien temps.


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Le tatouage traditionnel japonais de l’époque Edo (1600-1868) est très différent de celui qui s’est développé durant l’ère Meiji (1868-1912) et prolongé jusqu’à nos jours. Le second est forcement plus connu puisque contemporain. Il structure la plupart du temps les plaques pectorales des manchettes selon un motif arrondi qui ressemble à un éventail de lamelles noires ou dégradées ( Hikae Botan Mikiri ou manchette en bordure de pétales de pivoine ).

Mais le passionné d’Irezumi ( tatouage traditionnel japonais ) remarquera que les bordures des tatouages présents sur les anciennes estampes Edo sont très différentes. Si les thèmes semblent similaires, elles se construisent de manière aléatoire et la technique des points en dégradée est de rigueur. On n’observe jamais ce système de lamelles/pétales noires ou dégradées dans les estampes Edo. On sait par ailleurs que de telles estampes représentant des tatoués n’étaient pas le produit de l’imagination de leurs auteurs. Par exemple les tatouages au lieu d’être représentés en noir l’étaient en bleu/noir ce qui correspond à la teinte réelle d’une encre noire cicatrisée.

Cette façon de faire a été abandonnée depuis la fin de l’ époque Edo et aucun atelier d’Irezumi ne travaille plus en employant cette finition.

J’ai toujours eu une profonde admiration pour cette typologie de tatouage ancien, et j’ai consacré ces dernières années à le sortir des estampes.

Nous sommes le seul atelier de tatouage traditionnel japonais à travailler selon les codes Edo, et cet effort nous rend très fiers aujourd’hui. Voici présentées ci-dessous quelques pièces ( parmi un nombre plus important en cours de réalisation ) conçues selon les codes esthétiques de l’Irezumi appartenant à l’époque Edo.

L’Irezumi se réalise sans machine électrique, outil occidental conçu pour le tatouage occidental. Je suis certain que Junichiro Tanizaki sensei et son "Eloge de l’ombre" ne me contrediraient pas. Pour employer une image je dirais qu’ un dessin au fusain se différencie d'une illustration réalisée à l'aérographe. Ils ne dégagent pas la même chose. Il en va de même pour un Irezumi exécuté sans machine électrique et un tatouage shop de style japonisant. L'effet n'est pas le même. La profondeur des noirs et des couleurs est supérieur en technique japonaise ancienne dite Tebori.

Jun'ichirō Tanizaki sensei se plaignait en effet dans son traité poétique « Eloge de l’ombre » de la soumission du peuple japonais face à la poussée culturelle occidentale dans son pays. Architecture, musique, théâtre, mais aussi toute l' esthétique du quotidien ont fini par perdre, souligne l’auteur, leur valeur et réalité premières. Se dénaturant ainsi jusqu’à devenir une version inadaptée et appauvrie de ce que l’art et l’artisanat d’art étaient originellement au Japon.

Quelques années plus tard une partie du peuple japonais semble souhaiter s’appuyer sur la leçon du Maître Tanizaki, revenant de fait vers des valeurs traditionnelles.

On peut aisément remarquer un phénomène semblable à celui décrit ci-dessus dans le tatouage traditionnel japonais. Phénomène qui à mon avis est consciencieusement orchestré par la presse spécialisée et les têtes dirigeantes du tatouage occidental.

Il tend alors à définir l’Irezumi comme un tatouage que l’on peut pratiquer avec une machine électrique, sans la connaissance des archétypes nippons ni de leur rapport associatif.

Et le phénomène en question soulève la question suivante: pourquoi faire une démarche chez un tatoueur artisan horishi suivant la Voie traditionnelle, stricte et difficile, de l'Irezumi puisque n’importe quel dermographiste ( tattoo shop ) expérimenté ou en herbe peut faire l’affaire? Après tout on est en 2017, quelle idée de se faire tatouer à l’ancienne! Et bien pour la simple raison que l’on n’emploie pas de four à micro-ondes pour la cérémonie du thé. Je pense par ailleurs que ce phénomène offre un marché considérable aux dermographistes qui réalisant des pièces plus rapidement - bien qu'inévitablement de moindre qualité - jouissent d’importants bénéfices financiers.

Je souhaite sincèrement que les quelques rares horishi ayant survécu à cette influence, ne se soumettent pas à la démographie comme le Japon s’est jadis soumis, pour des raisons parfaitement discutables, à l’occident.





















































ATELIER DO NO EKO

DEMONS DE L'IREZUMI​​​​​​​​​

TECHNIQUE ANCIENNE

ECOLE EDO (1600-1868)

PARIS / ACQUIGNY, NORMANDIE

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